Bientôt sortira sur nos grands écrans une adaptation de ce roman par Didier Le Pêcheur (avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine, Virginie Hocq, Frédérique Bel et Patrick Chesnais). L'occasion de découvrir ce roman, qui vient de paraître en version de poche, son auteur Grégoire Delacourt.
On y découvre Jocelyne Guerbette, 47 ans, dite Jo, qui mène une vie simple à Arras. Un quotidien ponctué de petits bonheurs glanés entre son travail à la mercerie, son blog, sa vie de couple, ses enfants devenus grands, les potins du coin échangés avec ses amies du salon de coiffure. Puis, un jour, elle gagne à l'EuroMillions une somme mirobolante. De quoi tout s'acheter et offrir. Elle fait la liste de ses besoins, de ses envies, de ses folies, une fois ces trois listes dressées, quels choix opérer ? Dépenser tout ou partie de cet argent pour exaucer ses rêves ? Mais exauce t-on ses rêves les plus chers avec de l'argent? Le bonheur, le temps, l'amour, la confiance, la présence, tout ce qui nous est essentiel s'achète t-il ?
Avec son style léger, sensible, très épuré, Grégoire Delacourt nous entraîne dans le sillage de Jocelyne, une femme assez extraordinaire, authentique, humaine, courageuse et qui suscite en nous plein d'émotion.
Ce roman plonge le lecteur dans un monde de douceur, de bienveillance, de sensibilité, de générosité, ce qui n'exclut pas un langage parfois un peu cru. Cette fable moderne, qui est une variation sur le thème du fameux "ah si j'étais riche !" devenu un classique, s'emballe assez rapidement. On se retrouve alors presque dans une sorte de polar (façon James Cain pour les connaisseurs). C'est peut-être là la grande réussite de Grégoire Delacourt : commencer avec grâce et légèreté pour terminer avec une réflexion plus profonde sur le fait qu'il ne faut pas être très fier de ce que l' humain est. Une belle histoire sur les valeurs profondes face à l'argent .
Voici un très court extrait pour se rendre compte du style de l'auteur :
“On se ment toujours.
Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n'ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu'on plonge les sauver. Je n'ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J'ai un corps dont les bras d'un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n'ai pas la grâce de celles à qui l'on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J'appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L'os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable. Je sais tout ça.
Et pourtant, lorsque Jo n'est pas encore rentré, il m'arrive de monter dans notre chambre et de me planter devant le miroir de notre armoire-penderie - il faut que je lui rappelle de la fixer au mur avant qu'un de ces jours, elle ne m'écrabouille pendant ma contemplation.très belle même. “
