Quel est l’impact du chômage temporaire sur le revenu des travailleurs ?

Date de publication: 
31/12/2020
Auteur: 
Alessandro Grumelli
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60725

Parmi les mesures qui ont accompagné l’arrêt partiel de l’activité économique à partir du 13 mars 2020 figure un mécanisme assoupli et plus généreux de chômage temporaire, le « chômage temporaire corona », qui peut bénéficier à tous les travailleurs sans condition de nationalité ni jours minimum de travail antérieurs, et prévoit une allocation d’un montant supérieur à celui du chômage temporaire ordinaire : 70 % du salaire brut (plafonné à 2754 €) au lieu de 65 %, plus un supplément de 5,63 € par jour complet de chômage.

Un débat a lors surgi sur la proportion réelle du salaire antérieur que représenterait l’allocation de chômage temporaire corona. Plusieurs institutions économiques ont ainsi prétendu que cette allocation couvrait 100 % ou presque du salaire antérieur, et plus généralement que le revenu des ménages avait été intégralement préservé au cours de la crise.

La présente contribution a pour but d’objectiver la proportion réelle du salaire antérieur couverte par l’allocation de chômage temporaire sur base la comparaison entre les montants réels des allocations payées par un organisme de paiement bruxellois et le salaire antérieur des travailleurs concernés.

Cette comparaison établit qu’au cours du premier confinement, la perte moyenne de revenu d’un travailleur en chômage temporaire s’est élevée à 24 % du salaire antérieur. 

L’analyse des données de paiement est précédée d’un rappel des conséquences sociales de la crise communément admises et des chiffres de l’ampleur du chômage temporaire.

De la place des collectifs dans notre Histoire

Date de publication: 
27/12/2020
Auteur: 
Bruno Poncelet
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Dans nos sociétés libérales individualistes, il est de bon ton de critiquer l’inefficacité légendaire des collectifs - à commencer par les pouvoirs publics lorsqu’ils s’immiscent de trop près dans l’économie. C’est bien connu : dès qu’ils entendent réguler l’activité des entreprises ou carrément prendre en main des activités productives, les états seraient comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Même en cherchant à bien faire, ils ne pourraient s’empêcher de causer des dégâts en bridant inutilement l’économie, cassant ainsi la poule aux œufs d’or. Pour éviter ce scénario catastrophe, les politiques d’inspiration libérale font le pari suivant : plus on laisse de libertés au marché en faisant reculer les intrusions de l’état dans l’économie, plus les entreprises privées peuvent agir à leur guise, plus la société sera prospère.

Initiées au Chili sous la dictature du tyran sanguinaire Augusto Pinochet (Président non élu de 1974 à 1990), au Royaume-Uni sous la férule de Margareth Thatcher (Première ministre de 1979 à 1990) ou bien encore aux Etats-Unis sous Ronald Reagan (Président de 1981 à 1989), les politiques d’inspiration libérale ont rapidement gagné du terrain au point de dominer le paysage politique des quatre dernières décennies[1]. Plus que d’autres, l’Union européenne en a fait son credo en élaborant ses décisions majeures comme : pousser à la privatisation de nombreux services publics nationaux, mettre en place un marché unique européen reposant sur le principe du « laissez faire, laissez aller » (une vieille recette datant du XVIIIe siècle), créer l’euro sur base d’une libre-circulation inconditionnelle des capitaux propulsant les investissements européens dans l’économie-casino des subprimes américains, sans oublier l’installation d’un marché carbone (également spéculatif) largement inconsistant pour lutter contre le réchauffement climatique.

Toutes ces recettes étaient censées nous mener au bonheur, au bien-être, à la paix et à la prospérité. Qu’il n’en soit rien est évident. Mais qu’importe aux zélatrices du marché : depuis la chute du Mur de Berlin, l’URSS est systématiquement prise en exemple comme preuve irréfutable des dangers du collectivisme, justifiant par contraste l’idée que la démocratie serait indissociable d’acheter et vendre ce que l’on veut sur le marché. Vu sous cet angle, l’économie de marché est un garant quasi constitutionnel de la liberté individuelle. Une liberté toutefois très relative pour les migrants, les chômeuses, les handicapés sans ressources, les étudiantes issues de milieux pauvres et l’ensemble des travailleurs précaires… auxquels le marché n’a rien de mieux à offrir qu’un taudis en guise de lieu de vie, des restaurants du cœur en guise de sortie festive, un sugar dady en guise d’accès aux études et des fins de mois difficiles en guise d’horizon grise-mine…

Bien réels, ces drames n’émeuvent guère les partisanes du tout-au-marché qui ont une réponse inamovible : dans un monde où chacun est libre d’agir à sa guise, l’échec est toujours un tort individuel, jamais une responsabilité collective. Un mantra individualiste asséné dès 1987 par Margareth Thatcher qui affirmait : « la société n’existe pas. Il y a juste un tissu vivant constitué d’hommes, de femmes et de gens, et la beauté de ce tissu et la qualité de nos vies reposent essentiellement sur comment chacun d’entre nous est prêt à prendre ses responsabilités pour s’assumer lui-même et comment chacun d’entre nous est prêt, par ses propres moyens [individuels], à s’intéresser et à aider ceux qui sont malheureux. »

Dans cette vision du monde, la société est un leurre. Une réalité fantasmagoriques et dangereuse qu’il faut combattre en exigeant de l’état qu’il s’efface au profit des libres entreprises individuelles. Tant mieux si elles sont généreuses. Tant pis si elles ne le sont pas. La seule chose vitale étant de pas écraser les activités marchandes sous le poids de structures étatiques sclérosant le dynamisme économique. En 1992, l’idéologue Francis Fukuyama surenchérissait en présentant les démocraties libérales comme l’aboutissement ultime de l’évolution politique du genre humain. D’où le titre de son livre : La Fin de l’histoire ou le Dernier Homme.

L’histoire, il en sera précisément beaucoup question dans cette étude consacrée à l’importance des collectifs dans nos vies. Une importance multiforme qui prend sa source dans un passé lointain, joue un rôle crucial dans l’évolution des espèces, protège les premiers pas d’Homo sapiens sur la planète (il y a 300.00 ans environ), accompagne toutes les grandes civilisations et porte sur ses épaules l’avenir du genre humain. Pour le meilleur comme pour le pire…

En soulignant l’omniprésence des collectifs dans nos vies, l’enjeu est de dévoiler les failles structurelles des discours ultra-individualistes. Non pour louer et applaudir toute forme de collectif existant mais bien pour s’interroger : si l’individu n’est pas le centre de gravité absolu des sociétés, qu’est-ce que qui occupe ce centre dans nos sociétés libérales prétendument individualistes ?

Péril sur la santé publique

Date de publication: 
14/04/2020
Auteur: 
Nicolas Latteur
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La pandémie du Coronavirus alerte et nous confronte à des menaces inédites. Elle éclaire brutalement les effets des politiques néolibérales qui s’en sont pris à trois domaines vitaux pour la santé publique qui nécessiteraient des investissements publics massifs et d’autres modes d’organisation : la recherche scientifique - notamment médicale –, des politiques écologiques et des systèmes de santé accessibles. Trois champs qui sont particulièrement les cibles de la violence des politiques du capitalisme néolibéral et qui soulignent l’urgence d’alternatives sociales et écologiques. Trois champs qui feront l’objet d’une invitation à contester les pouvoirs qui les façonnent en développant des éléments d’analyse critique et des perspectives de résistance.

La citoyenneté des femmes en Belgique

Date de publication: 
20/12/2019
Auteur: 
Sylvie Boulvain
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Juridiquement la citoyenneté est l’ensemble de droits et de devoirs ainsi que de pratiques accessibles aux citoyens, soit les droits civils, ou libertés fondamentales, les droits politiques ainsi que les droits économiques et sociaux. Plus largement, la citoyenneté désigne aussi dans les démocraties la manière dont les résidents d’un pays peuvent faire usage de leurs droits pour participer aux décisions de la vie publique, peser sur le débat politique et dynamiser ainsi la démocratie. Il s’agit également d’une qualité morale impliquant de se soucier de l’intérêt général[1]. Nous allons traiter ici prioritairement de la lente accession graduelle des femmes belges à leurs droits politiques, sans oublier les autres droits qui y sont intimement liés.

Si la Belgique célèbre en cette année 2019 le 100e anniversaire du suffrage dit « universel », le véritable suffrage universel, tant masculin que féminin, vient seulement d’avoir 70 ans. Les femmes belges ont été longtemps exclues des trois aspects de la vie politique : l’élection, l’éligibilité et le gouvernement. Et aujourd’hui même, la parité — soit une représentation égale des femmes et des hommes à tous les niveaux des pouvoirs politiques — n’est pas encore une réalité.

[1] http://www.vocabulairepolitique.be/citoyennete-3/ Consulté le 3 décembre 2019.

 

Travailler aujourd'hui. Ce que révèle la parole des salariés

Date de publication: 
15/02/2019
Auteur: 
Nicolas Latteur
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Qui parle du travail ? Qui entend-on dans les champs médiatiques et politiques lorsqu’il s’agit d’en parler ? En général, ce ne sont pas les salariés eux-mêmes. Pas qu’eux seuls pourraient en parler, mais cette absence est lourde de sens …

Souvent, les salariés n’ont que très peu la parole. Le travail salarié est principalement parlé non pas par ceux qui l’accomplissent mais par ceux qui entendent le régenter. Leurs discours est par conséquent directement lié à un projet de domination.

C’est là que transparaît une caractéristique centrale de la condition salariale dans les régimes réputés démocratiques. Les « salariés-citoyens » ne sont pas habilités juridiquement à intervenir sur les fins et les moyens de leur travail. Ils sont obligés économiquement de vendre leur force de travail sur le marché.

Les pouvoirs politique et économique qui entendent régenter le travail propagent  une idéologie selon laquelle le travail est dans le domaine économique un coût (on ne cesse de parler du cout du travail et des charges sociales) et dans le registre politique et moral un impératif auquel personne – entendez personne dans les classes populaires – ne pourrait se soustraire.

Le travail est un impératif moral lorsqu’il est encadré par la relation salariale. Les salariés sont confrontés à un discours et des politiques qui les confrontent à des contraintes bien réelles. Ceux-ci peuvent se résumer sous la forme de sept commandements tant ils acquièrent le statut de dogmes des politiques européennes de l’emploi :

Sur le marché du travail, tu te présenteras

Des compétences, tu acquerras

Ton employabilité, tu développeras

Ta disponibilité, tu prouveras

De la flexibilité, tu afficheras

A ton entreprise, tu adhéreras

Au travail, du bonheur tu éprouveras

La caractéristique de ces commandements et des politiques qui les portent, c’est de faire du travail, question politique et sociale, une question de responsabilité individuelle et d’adaptation personnelle. Autrement dit, le travail est un donné, seul le travailleur pourrait être changé et adapté à des exigences définies par les pouvoirs qui entendent le faire concourir sur le marché.

Alors que le salariat est un rapport social entre des propriétaires de forces de travail et des employeurs qui contraint économiquement les premiers à se présenter sur le marché du travail. Placés dans des relations de concurrence entre eux et d’inégalité, ils sont par ces commandements sommés de devenir « entrepreneurs d’eux-mêmes ».

Alors que le travail est une question politique (qui fait quoi ? Pour qui ? Dans quelles conditions ? Qui le contrôle ? Qui le décide ?), qu’il devrait dans une perspective démocratique faire l’objet de délibérations collectives, l’approche dominante réduit le salarié à un être illégitime pour intervenir sur les fins et moyens de son travail.

Dans ce registre, la question traitée par les politiques néolibérales est celle de l’adaptation des salariés à des conditions définies par d’autres, c’est-à-dire par le capitalisme, le management néolibéral, les politiques de flexibilité, etc. Ces conditions définies par d’autres (la classe capitaliste et ses organisations, les gouvernements engagés dans le radicalisme néolibéral) portent sur les compétences à acquérir, la réactivité du marché du travail, l’employabilité des candidats, la flexibilité et la disponibilité de la force de travail, … Elles portent aussi sur ce qu’il serait raisonnable d’accepter pour un salarié comme conditions de travail et de salaire en s’appuyant sur des comparaisons avec des lieux où la précarité sociale est davantage organisée. Ainsi donne-t-on corps au principe de compétitivité.

La démarche proposée ici dans « Travailler Aujourd’hui » est, à l’opposé, de comprendre ce qui se joue au travail et dans l’emploi en s’intéressant à la parole des salariés et à des recherches qui tentent de comprendre les relations de travail et les rapports sociaux qui les produisent.

Le travail que je présente ici invite à partir à la rencontre de salariés qui racontent leur travail. Au travers de leurs récits, on découvre leurs trajectoires de vie, leurs emplois, leurs expériences professionnelles, des formes d’organisation, des résistances individuelles et collectives ainsi que des conditions de travail parfois difficilement imaginables.

Ce projet a émergé au fil d’une pratique – la formation en éducation permanente généralement dans le mouvement syndical – et de constats relatifs à la grande invisibilité des salarié(e)s et de leurs conditions de travail. C’est au fur et à mesure des rencontres avec des travailleurs de secteurs d’activité très divers que s’est imposé le projet de pouvoir rendre compte de ce que nous entendions quotidiennement sur le travail et qui était si peu visible.

On découvre aussi les réalités très multiples qui l’entourent. Le travail est un concept bien abstrait tant sous son appellation sont réunis des activités et des conditions terriblement diverses.

Difficile de résumer plus de quarante entretiens réalisés avec des personnes aux parcours de vie très variés et dans des secteurs d’activité très diversifiés, mais voici quelques éléments qui transparaissent. Ils donnent à voir et à penser les conditions de travail d’aujourd’hui aux travers de la parole des salariés dont je livrerai ici quelques « morceaux choisis ».

Il sera tout d’abord question du travail comme source d’identité et comme théâtre de l’ingéniosité des salariés, ensuite des formes d’organisation et de désorganisation du travail, dans un troisième temps des formes de violence et de résistance. Des conclusions poseront la question du salariat aujourd’hui des formes d’action collective qui peuvent soutenir l’amélioration des conditions de travail et dessiner des perspectives afin de reconstruire un projet d’émancipation collective.

 

Le combat syndical est aussi féministe !

Date de publication: 
28/12/2018
Auteur: 
Rachel Carton
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Déconstruire les stéréotypes de genre pour lutter contre les discriminations sexistes, homophobes et transphobes dans le monde du travail.

Dans de nombreuses parties du monde,  on assiste à diverses manifestations d’un retour en force du nationalisme, du racisme, et des violences de genre : construction de « murs anti-migrants », montée au pouvoir de l’extrême-droite en Italie et au Brésil, remise en question du droit à l'avortement, multiplication des féminicides, assassinats violents d’activistes LGBTQI+ etc.

Des mouvements réactionnaires, et de plus en plus ouvertement fascistes, gagnent du terrain à mesure que  les politiques d'austérité et de régression sociale s'abattent sur les populations.

La peur de vivre (encore) moins bien demain, la perte de confiance des classes populaires à l’égard des partis et mouvements de gauche « traditionnels » et un large sentiment d'impuissance face à l’avenir favorisent la diffusion des discours basés sur une « naturalisation » des rapports humains et des positions sociales.

Chacun, chacune, serait déterminé.e, dans son essence même, dans ses gênes, à occuper telle ou telle position sociale, à agir de telle ou telle manière, à être dominé.e ou dominant.e.

Et il serait vain, voire dangereux, d'aller contre cette « Nature ».

Ainsi, les femmes devraient retourner au foyer pour y accomplir leur devoirnaturel, la famille ne pourrait se concevoir qu’avec un père et une mère, l’homosexualité, les transidentités seraient des « anomalies »,  une déviance menaçant l’ordre social.

Avec l’affirmation forte d’un discours naturaliste, chacun.e se voit  ainsi déterminé.e. et jugé.e. dans son identité profonde, dans son intimité, dans son rôle et ses relations sociales par ses organes génitaux. Et ce sont des logiques similaires qui soutiennent le racisme et la xénophobie en construisant l'idée que les groupes humains ne sont pas égaux entre eux, par nature (ou par culture, celle-ci étant présentée comme immuable, éternelle, sans histoire, donc quasi naturalisée). Les appels au retour à la « Pureté du Peuple », à son époque glorieuse, à ses traditions « ancestrales », alimentent les fantasmes de populations qui ont fait de « l'Autre » le bouc émissaire de leur frustration et de leur sentiment d'impuissance.

Si ces mouvements veulent nous ramener en arrière, les luttes sociales, féministes, antiracistes, reprennent elles aussi des forces partout dans le monde :  le mouvement MeToo qui a permis de visibiliser et de briser le silence sur les violences sexuelles et leur impunité, les grèves massives du 8 mars (Journée Internationale des Femmes) suivies en Argentine ou en Espagne, l’organisation des populations « racisées* » pour dénoncer les violences policières et le racisme d’Etat aux Etats-Unis (mouvement Black Lives Matter notamment), les manifestations massives des femmes américaines contre Trump, les organisations de solidarité et de défense des migrant.e.s qui se développent en Europe etc. 

Ce nouvel essor ne vient pas seulement de la conscience du danger que représente la diffusion de ces idéologies réactionnaires mais aussi du chemin qu'il nous reste à parcourir pour vivre dans une société réellement égalitaire. Une société dans laquelle l'individu n'est pas réduit à son « employabilité », à sa couleur de peau, à ses organes génitaux, à son expression de genre, ou à sa sexualité. Parce que nous sommes tellement plus complexes, et plus riches que ces étiquettes qui nous collent à la peau et qui sont le prétexte de multiples violences sociales ! Ce combat est un enjeu, et un défi, pour notre mouvement syndical ; articuler ces luttes, les luttes sociales, féministes, antiracistes, ne peut que nous renforcer pour combattre ensemble les dominations et l'exploitation.

Mais revendiquer l'égalité n'est pas suffisant : il est d'abord nécessaire de travailler ce que nous avons dans nos têtes, nos propres représentations, nos propres stéréotypes et conditionnements. Nous avons des mythes à détruire non seulement à l'extérieur, mais également à l'intérieur de nous-mêmes. Nous n’avons pas grandi en dehors de la société et nous sommes donc tous empreints des stéréotypes et préjugés dominants. Souvent, nous n’avons pas conscience de ce que nous véhiculons à travers nos actes, nos interactions. Pour lutter réellement pour l'égalité, il faut donc pouvoir identifier et prendre distance par rapport à notre propre cadre de référence.

Mais ce n'est pas simple ! D’autant plus lorsqu’il s’agit des « rapports de genre »*, et de nos identités d’hommes ou de femmes. Nos comportements, nos rôles sociaux, nos attentes ont souvent été façonnés depuis notre naissance par le fait que nous soyons né.es avec tels ou tels organes génitaux. Ils sont donc intimement liés à la construction de notre identité depuis notre naissance, joués et rejoués en permanence au cours de notre vie au point qu’ils nous apparaissent évidents. Or, ces « rôles de genre »*, ces rapports exercent de fortes contraintes sur les individus, sur la manière dont on doit être, penser, agir, aimer, s'orienter dans la vie professionnelle ...

Pour nous aider à prendre distance par rapport à notre cadre de référence, nous ferons un tour par les théories féministes et de genre. Nous pensons qu'elles constituent un outil fondamental pour « dénaturaliser » le genre, pour nous aider à rendre visible, étonnant, et souvent inacceptable, ce qui jusque-là pouvait nous apparaître naturel et banal.

L'objectif n’est pas de retracer l’histoire des différents courants féministes, ni d’étudier en détails les théories du genre, mais bien de dégager des grilles d’analyse nous permettant de poser un regard différent sur la situation des un.e.s et des autres, dans notre société en général, et dans le monde du travail en particulier.

L'intégration des demandeurs d'asile sur le marché du travail : état de la situation 2017

Date de publication: 
28/02/2018
Auteur: 
Didier Pironet
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Ces dernières années, l’importance de travailler à l’intégration des demandeurs d’asile et réfugiés sur le marché du travail a engendré la mise sur pied d’une multitude d’initiatives en tout genre. Le problème de ce type de démarches est que, dans la très grande majorité des cas, ces projets ne sont pas coordonnés entre eux et n’impliquent pas tous les acteurs compétents en la matière. Cela entraîne un manque d’efficacité et des pertes de temps incontestables.

Partant de ce constat, le projet Labour-Int s’est construit dans le respect d’une démarche multipartite qui est présente dans l’ensemble de ses étapes. Cela signifie que tout est organisé de façon à impliquer l’entièreté des acteurs de l’insertion socioprofessionnelle des migrants, à savoir les syndicats (CES, DGB, FGTB…), les employeurs (BusinessEurope, UEAPME…), les chambres de commerce (Eurochambres), les services publics de l’emploi (CEEP…) ou encore différents organismes spécialisés dans l’insertion socioprofessionnelle (ASBL Le Monde des Possibles, CEDEFOP…). Des organisations internationales telles que l’OSCE ou l’OIT prennent également part à ce projet. Enfin, le CEPAG, mouvement d’éducation permanente disposant d’un service spécialisé en droit des étrangers, a trouvé important de s’impliquer et de coordonner une des actions-pilotes mises en œuvre.

L’objectif principal du projet est de promouvoir des programmes visant à l’insertion des migrants, et plus particulièrement des demandeurs d’asile et des réfugiés, sur le marché du travail du pays qui les accueille. L’action est notamment axée sur la promotion d’un parcours d’insertion socioprofessionnelle complet comprenant la reconnaissance des compétences et qualifications, le suivi de formations adaptées, la mise en relation entre employeurs et migrants ainsi que différentes mesures à prendre sur le lieu de travail. L’objectif est également de pouvoir dégager des solutions pouvant être transférées  dans d’autres pays européens moyennant d’éventuelles adaptations au contexte local.

A cet égard, un groupe d’experts, coordonné par FIERI[1], s’est réuni à plusieurs reprises et un rapport a été rendu[2]. Ce groupe a examiné différentes pratiques ayant impliqué plusieurs acteurs (approche multipartite) et abordant plusieurs étapes du processus d’insertion. Sur la base de cet examen, différentes recommandations ont été formulées.

Le projet comprend également la mise en œuvre de trois actions pilotes. Elles sont organisées en Italie, en Allemagne et en Belgique. Cette étude a été rédigée par le CEPAG dans le cadre de l'action-pilote belge.

[1] Forum Internazionale ed europeo di ricerche sull’immigrazione (Forum International et européen de recherche sur l’immigration)
[2] Le rapport est disponible ici

Plaidoyer pour une approche qualitative de l'économie

Date de publication: 
18/12/2017
Auteur: 
Bruno Poncelet
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5 décembre 2017 : à la radio, l’invitée du jour est la journaliste Alessandra d’Angello qui vient de terminer une enquête consacrée aux femmes, de plus en plus nombreuses, qui en viennent à se prostituer pour des raisons alimentaires (c’est-à-dire pour nourrir leurs enfants, avoir un logement, effectuer une réparation de chaudière, etc.).

Le journaliste-radio qui réalise l’interview plante d’entrée le décor : s’il y a des pauvres qui doivent se prostituer pour survivre, c’est forcément la faute de la crise. Sous-entendu : la croissance économique ayant laissé place à la stagnation économique, on ne produit plus assez de richesses et la pauvreté grimpe. Voilà pourquoi des gens en viendraient à se prostituer pour survivre…

Cet adage de la crise économique, racine de tous les maux, est devenu une sorte de mantra religieux dans notre société. À de multiples reprises, dans d’innombrables débats, pour des raisons variées et sur des thèmes diversifiés, on invoque invariablement une origine économique aux problèmes en spécifiant que le mal est de nature quantitative : on ne produit pas assez de richesses pour que tout le monde puisse s’en sortir et vivre bien.

Ce plaidoyer s’inscrit en faux contre ce constat.

Certes, la pauvreté grimpe. Mais l’origine du problème n’est pas de nature quantitative. L’origine du problème est de nature qualitative : pour diverses raisons, nous ne nous soucions plus assez de la qualité de notre économie.

Ce plaidoyer a une double ambition : montrer - ou plus exactement rappeler - à quel point l’approche qualitative de l’économie est importante, pour ensuite s’interroger sur la manière d’améliorer la qualité de notre économie.

La révolution numérique : créatrice ou destructrice d'inégalités ?

Date de publication: 
16/11/2017
Auteur: 
Bruno Poncelet
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161566

Nous sommes entrés dans le monde numérique à petits pas. Presque sans nous en rendre compte. Dans les années 80, l’ordinateur et le walkman furent les premiers à débarquer. Puis vinrent Internet et les téléphones portables. Bientôt suivis par le Smartphone et les réseaux sociaux qui ont colonisé notre quotidien à la vitesse de l’éclair, faisant entrer dans le langage courant des mots jadis inconnus comme Facebook, Google, Twitter ou You Tube.

Et ce n’est qu’un début. À en croire l’abondante littérature sur le sujet, le monde numérique s’apprête à déferler dans nos vies avec une foule de techniques et d’inventions - comme les drones, les robots, l’Intelligence artificielle, les objets connectés à Internet, les nanotechnologies ou encore l’intégration de prothèses numériques dans nos corps biologiques - qui vont pousser toujours plus loin les connexions entre objets numériques et êtres humains. Quelle société en émergera ? Comment nouerons-nous des relations les uns avec les autres ? Qui aura encore du travail ? Comment gagnerons-nous nos vies dans ce monde 2.0 aux nombreuses inconnues ?

Prédire l’avenir, c’est prendre le risque de se tromper. Pour l’heure, les pronostics divergent fortement quant aux bienfaits ou méfaits à attendre de la révolution numérique. Notamment sur le plan professionnel : là où certains prédisent la création de nombreux emplois, d’autres redoutent un désert social constitué de pertes massives d’emplois allant de pair avec une précarisation croissante des conditions de travail.

Dans cette forêt d’avis contradictoires, comment se frayer un chemin ? à quelles traces de pas se fier ? Quelle piste suivre parmi toutes les analyses et raisonnements qui se bousculent et (parfois) s’entrechoquent à ce sujet ?

Il n’y a évidemment pas de choix exclusif ou idéal. L’angle d’attaque que nous allons privilégier ici consistera à s’intéresser au contexte dans lequel apparaît cette révolution technique. Nous tâcherons d’identifier les acteurs qui influencent le développement des infrastructures et outils numériques. Nous verrons également que le monde politique, loin d’être inactif, joue un rôle de premier plan dans la digitalisation de notre société. Un rôle qui n’est pas neutre car des choix sont effectués, qui orientent aussi bien la manière d’installer les outils numériques que leur impact potentiel sur l’emploi…

Un impact qui reste toutefois incertain, car en partie lié aux décisions politiques et rapports de force qui se dessineront demain.

Métiers en pénurie et éléments discriminants

Date de publication: 
21/03/2017
Auteur: 
cellule Lutte Contre les Discriminations

Les métiers "en pénurie"… Souvent avancés par la droite et le patronat comme un problème majeur et le révélateur d'un manque de formation voire de motivation des demandeurs d'emploi.

Mais les sans emploi sont-ils réellement en cause ? N'existerait-il pas d'autres raisons pour expliquer que certains emplois ne trouvent pas "preneurs" ? Quels liens entre offres d'emploi, facteurs discriminants et métiers en pénurie ?

C'est à ces différentes questions que la Cellule Lutte Contre les Discriminations (CLCD) du CEPAG et de la FGTB wallonne a tenté de répondre en passant au crible 1.575 offres d'emploi portant sur 9 "métiers en pénurie" (tuyauteur industriel, mécanicien en génie civil, boucher, électromécanicien, technicien chauffagiste, dessinateur de la construction, conducteur de travaux, chef de chantier, délégué commercial en biens d'équipements professionnels) et sur le métier d'aide ménager qui figure dans les fonctions critiques.

Dans un deuxième temps, les 1.575 offres d'emploi de ces différents métiers ont été analysées en fonction de 8 critères considérés comme des freins à l'embauche (et donc discriminants) : l'expérience professionnelle, le permis de conduire ou le véhicule personnel, le type de contrat de travail ou le régime de travail, le diplôme, l'agrément, les plans d'embauche, l'obligation de postuler seulement via courrier électronique et le cumul des critères discriminants. Résultat ? Tous les métiers étudiés sont concernés par (au moins) trois critères !

Ce qui ressort de l'étude de la CLCD, c'est que la présence d’éléments discriminants peut clairement renforcer la pénurie. Parmi ceux-ci, la question de l’expérience professionnelle demandée est particulièrement interpellante. Sur base de ses conclusions, la CLCD émet un certain nombre de recommandations tant à l'adresse des employeurs que du FOREM.