Quand quitterons-nous l’âge sombre du capitalisme marchand ?

Date de publication: 
19/07/2021
Auteur: 
Bruno Poncelet
Nombre de signes: 
13372

Quand divorcerons-nous des multinationales ?

Ainsi, la Belgique est sous eaux.

Dans leur cave, des gens voient leur frigo flotter sur 1,5 mètre d’eau, leur chaudière ravagée par des flots de boue en provenance directe de la rue. De leur fenêtre, des gens regardent avec inquiétude leur voiture partir au gré des flots, jouer aux auto-tamponneuses les unes avec les autres dans un quartier transformé en terrain de water-polo.

Réveillées par le tonnerre et les éclairs, des rivières et des fleuves quittent leur lit pour se ruer sur les habitations, obligeant les autorités locales à faire évacuer des villes tandis que les habitantes et les habitants trouvent refuge aux étages supérieurs de leurs maisons. À condition que celle-ci tienne bon et ne s’effondre pas sous les lois combinées de la gravitation et du déluge.

Ici, une jeune demoiselle qui avait encore tout à vivre se fait happer par les flots en furie pour disparaître dans le néant. Il y a deux semaines, c’était un vieux monsieur en train de tailler ses arbres au bord d’une petite rivière soudainement d’humeur tempétueuse. Par dizaines, des familles sont en deuil. On croirait voir un film d’horreur, et pourtant le scénario catastrophe est réel. Il se passe même près de chez nous, voire s’invite avec fracas au cœur de notre espace de vie. En quelques secondes, des années de labeur, d’investissements, de souvenirs et d’émotions, de week-ends à aménager son intérieur sont balayées par les flots. Les gens pleurent, les gens s’affolent, les gens s’entraident aussi, mais soyons sérieux un instant : rien de tout ça n’est franchement surprenant[1]. Car nous étions prévenus...

[1] Selon l’agence Belga, près d'un demi-million de personnes ont été tuées lors d'événements météo extrêmes en 20 ans, une info publiée le 25 janvier 2021.

Ouvrir le syndicalisme du travail salarié aux freelances et travailleurs autonomes ?

Date de publication: 
31/05/2021
Auteur: 
Orville Pletschette
Nombre de signes: 
41292

Réflexion autour des rapports entre syndicats et travail indépendant

Depuis longtemps, le travailleur « autonome », dit aussi atypique ou freelance, est assimilé à un travailleur indépendant. À tort quand il s’agit de « faux indépendants », pour lesquels les syndicats se positionnent pour la reconnaissance et la requalification du statut de ces travailleurs en tant que salariés, mais bien souvent, ces travailleurs ont une mentalité de « travailleur indépendant », due à une volonté d’autonomie dans l’exercice de leurs métiers. Ce n’est pas pour autant qu’ils refusent les formes de représentation et d’organisation collectives, comme les syndicats.

Il est utile et nécessaire de s’intéresser au processus qui a amené à catégoriser les travailleurs autonomes comme des « micro-entrepreneurs », plutôt que comme des travailleurs qui pratiquent leur métier tout en offrant leur force de travail à un donneur d’ordre. Cette réalité se caractérise par le fait qu’ils ne sont pas dans le régime du travail salarié.

Dans la conception du travail salarié, issu du rapport de force historique entre patrons et syndicats, le travail présuppose un lien de subordination à un employeur qui confie des tâches et des missions à exécuter. En échange de cette activité, le travailleur ou la travailleuse perçoit un salaire et a droit à des protections sociales. Depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, le droit du travail s’est érigé grâce aux conquêtes sociales. Cependant, un vide juridique s’est créé autour des formes de travail non subordonnées comme celle du travail indépendant, autonome. La question est donc de chercher des réponses syndicales pour défendre ces travailleurs et travailleuses.

Cette contribution tentera de mettre en lumière les enjeux syndicaux que soulèvent la recrudescence des « nouvelles formes de travail », qui ne se limitent pas à l’économie de plateforme, mais bien à l’univers des freelances[1] et plus largement au travail indépendant ou autonome. D’ailleurs, nous le verrons, les expériences syndicales ou associatives autour de cette question ne datent pas d’hier et ont déjà une certaine expérience, voire une réalité syndicale effective.

[1] Le terme de freelance se définit le plus souvent comme suit : une personne qui exerce une activité professionnelle avec la qualité de travailleur indépendant, qui n'a pas forcément de contrat à long terme comme les salariés, mais réalise son activité professionnelle sous la forme de missions, qu'il facture ensuite à ses clients.

La pauvreté n'est pas une fatalité

Date de publication: 
01/04/2021
Auteur: 
David Lannoy
Nombre de signes: 
8219

La crise sanitaire de la covid-19 a agi à la fois comme un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales. Chômage temporaire massif, taux d’indemnisation trop bas, licenciements, contrats précaires non renouvelés, travailleurs et travailleuses au noir qui se retrouvent à la rue, jobistes étudiants sans revenus…

La crise sanitaire, les épisodes successifs de confinement et leurs conséquences ont fait - et continuent de faire - des ravages. Les témoignages des travailleuses et travailleurs, des sans emploi, les retours des organisations syndicales, des banques alimentaires ou encore des associations de terrain, les statistiques des CPAS ou de l’ONEM, les indicateurs de pauvreté, les chiffres du sans abrisme… l’ensemble des voyants sont au rouge ! La situation sociale, déjà dramatique avant la crise, n’a fait qu’empirer. Pour y remédier, une seule solution : combattre le mal à la racine.