Syndicats et médias : je t'aime, moi non plus

Date de publication: 
19/04/2021
Auteur: 
Laurent D'Altoe
Nombre de signes: 
51016

 « Grève sauvage dans les dépôts de bus TEC Liège-Verviers à cause du coronavirus: "irresponsable" selon la direction » (www.rtbf.be, 13/03/2020).

On est loin, très loin de titres tels que « Oui à l’arme ultime » à la Une du quotidien La Wallonie, le 1er janvier 1960[1].

Que s’est-il passé en quelques décennies pour que, en Belgique francophone, le traitement des grèves et mouvements sociaux en général ne soit plus exercé que via le biais de la négativité ?

  • Grèves sauvages
  • Irresponsables,
  • Fossoyeurs de l’économie
  • Etc.

Exit donc le regard plutôt bienveillant que certains médias pouvaient porter sur les organisations syndicales, leurs rôles et leurs actions. Aujourd’hui, l’ennemi à abattre, ce sont bien les syndicats.

Le propos de cette analyse sera double : d’une part, montrer l’évolution du discours médiatique par rapport au « fait syndical » et, d’autre part, montrer que l’accentuation répressive de ce discours a connu un sérieux coup d’accélérateur depuis la mise en place du gouvernement Michel 1er en 2014.

Notre thèse est que cette équipe politique va implémenter un double mouvement. Tout d’abord, elle s’est attelée à un détricotage progressif et organisé des réglementations fédérales sur le travail (mesures Peeters et De Block), tout en cadenassant le fameux modèle belge de concertation sociale, lui faisant perdre petit à petit son sens.

Mais ce gouvernement a aussi cadenassé la communication et imposé une grille de lecture médiatique visant à décrédibiliser toute velléité de révolte face à la mise en place de cette déstructuration volontaire des conquêtes sociales de ces cinquante dernières années.

[1] « L’arme ultime », consiste à abandonner l’entretien de l’outil en industrie (les fours, les hauts fourneaux, etc) ce qui signifie d’énorme dégâts et difficultés techniques en cas de reprise. Notons que cet entretien, en principe, continue à se faire (par conventions) même en période de grève.