Chômage : pourquoi tant de haine ?

Chômeur, profiteur. Chômeuse, fainéante. Assistés ! Trop bien payés à ne rien faire. Tous des fraudeurs…

Depuis plus de 20 ans, une grande partie du monde politique, le patronat et certains médias ont trouvé le bouc émissaire idéal : les chômeuses et chômeurs. Et ce matraquage a malheureusement laissé des traces : les préjugés sur les personnes privées d’emploi se sont répandus un peu partout. Au point que les débats sur l’emploi se résument désormais presqu’exclusivement à une question : quelle nouvelle mesure va‑t‑on trouver pour taper sur les chômeurs ?

Tous ces stéréotypes dénigrants, méprisants et insultants ont servi à justifier des mesures de restriction de droits sociaux. La liste des réformes de ces dernières années donne le tournis : limitation dans le temps des allocations d’insertion, dégressivité accrue des allocations, suppression des dérogations et compléments sociaux, restrictions d’accès aux RCC (ex‑prépensions), etc.

Ces mesures sont évidemment catastrophiques sur le plan social : précarisation, exclusion sociale, pauvreté, aggravation des inégalités sociales et de genre, etc. Mais elles sont aussi totalement inefficaces par rapport à l’objectif annoncé : la réinsertion par l’emploi. En effet, de nombreuses études indépendantes ont maintenant clairement démontré l’inefficacité totale des mesures répressives contre les chômeuses et chômeurs. Loin de réinsérer dans l’emploi, la précarisation et l’exclusion isolent et éloignent les personnes du marché de l’emploi.

Mais alors, pourquoi la droite et le patronat s’entêtent-ils à vouloir mettre en œuvre des politiques qui ne fonctionnent pas ? Pourquoi aujourd’hui en rajouter une couche en limitant le chômage dans le temps ? Pourquoi alimenter sans cesse la stigmatisation, monter les gens les uns contre les autres en faisant croire aux travailleurs et travailleuses sous contrat que c’est en tapant sur leur voisin précaire que leur situation va s’améliorer… alors que c’est tout le contraire !

Car le véritable objectif des mesures d’exclusion n’est jamais avoué : diminuer le niveau de protection sociale pour faire pression à la baisse sur les salaires et conditions de travail. Le lien ne vous semble pas évident ?

Jetons donc un œil sur les pays où la sécurité sociale est inexistante… Quelles sont les conditions de travail et de vie ? En l’absence de protection sociale, de quelle marge de négociation les travailleuses et travailleurs disposent‑ils pour négocier ? Comment s’opposer à l’arbitraire patronal quand le seul horizon, en cas de licenciement, c’est la pauvreté absolue voire la rue ?

Aucune travailleuse, aucun travailleur ne gagnera jamais rien à voir exclure des sans‑emploi.
Parce que démanteler l’assurance chômage, c’est précariser les conditions de travail et les salaires. En résumé, précariser le chômage, c’est précariser l’emploi.

Et quelques analyses sur le sujet :